Dans un data center, l’air doit protéger les serveurs, pas seulement refroidir la salle
La continuité de service dépend des conditions rencontrées à l’entrée des équipements informatiques : température, humidité, poussières et contaminants gazeux. Une température moyenne satisfaisante dans la salle peut masquer un point chaud à l’entrée d’une baie, notamment en présence de recirculation d’air chaud ou de déséquilibre entre allées.
Les recommandations ASHRAE pour les environnements informatiques définissent des enveloppes recommandées et admissibles selon les classes d’équipements, y compris pour les systèmes à forte densité. Elles concernent l’air entrant dans le matériel, et non simplement la température de reprise d’un climatiseur. La compatibilité avec les spécifications des fabricants reste indispensable.
Le point de mesure de référence se situe à l’admission des serveurs. La stratégie d’air doit traiter ensemble la distribution, l’humidité, la contamination et les conditions de fonctionnement en cas de défaillance.
Source : ASHRAE Handbook 2023, Data Centers and Telecommunication Facilities.
Éviter la recirculation et les mélanges d’air entre allées
La séparation des allées chaudes et froides, le confinement d’allées, les panneaux d’obturation et la gestion des passages de câbles contribuent à acheminer l’air refroidi jusqu’aux entrées des équipements et à récupérer l’air chaud sans mélange inutile. Le diagnostic porte sur les températures d’entrée des serveurs, les obstacles aux flux, les débits effectifs et les points chauds. Il ne suffit pas d’augmenter la puissance frigorifique si le défaut principal est aéraulique.
Le refroidissement peut faire appel à des unités de salle, des unités en rangée, des solutions en toiture ou des systèmes hybrides selon la densité et la configuration. Les charges informatiques élevées ou les équipements refroidis par liquide exigent une analyse spécifique de la part thermique encore rejetée dans l’air. Les procédures de secours et la redondance doivent être définies suivant la criticité du site.
Source : U.S. Department of Energy, Best Practices Guide for Energy-Efficient Data Center Design (2024).
Poussières, humidité et corrosion : des risques parfois liés
Particules et encrassement
Les poussières peuvent encrasser les équipements et, selon leur composition et l’humidité, contribuer à des défaillances. Le choix de la filtration dépend des apports d’air extérieur, de l’environnement du bâtiment, de l’étanchéité et des prescriptions fabricants. Les travaux de construction, les emballages et l’entretien sont également des sources internes à maîtriser.
Pollution gazeuse et corrosion électronique
Dans un environnement exposé à des polluants corrosifs, notamment certains composés soufrés, un suivi des contaminants gazeux peut devenir nécessaire. Les lignes directrices ASHRAE abordent la réactivité du cuivre et de l’argent comme indicateurs de corrosion. La filtration particulaire seule n’élimine pas ces gaz ; un traitement en phase gazeuse peut être envisagé après caractérisation du risque.
Humidité, point de rosée et condensation
Une régulation trop étroite de l’humidité peut provoquer des cycles opposés d’humidification et de déshumidification et accroître les consommations. À l’inverse, humidité élevée et contaminants gazeux peuvent renforcer certains mécanismes de corrosion. La consigne doit tenir compte de l’enveloppe ASHRAE applicable, du niveau réel de pollution et des limites du fabricant, sans appliquer un pourcentage universel.
Source : ASHRAE, Gaseous and Particulate Contamination Guidelines for Data Centers.
Quels paramètres suivre avant de modifier le traitement d’air ?
Une étude utile associe l’inventaire des équipements, la cartographie des charges, des mesures aux prises d’air des serveurs et une analyse du fonctionnement en mode normal et dégradé. Elle examine les opportunités d’économisation d’air ou de refroidissement indirect, sans compromettre le contrôle de la pollution et de l’humidité. Le choix d’une centrale de traitement d’air ou d’une solution de refroidissement se fait ensuite à partir de contraintes documentées.
À la réception, prévoir les mesures en charge, les alarmes, le contrôle des filtres et les procédures de maintenance. Une solution moins énergivore sur le papier n’est pas pertinente si elle accroît les risques d’arrêt ou dépasse les limites de l’équipement.
Rassemblez les puissances et profils de charge IT, les plans de baies et d’allées, les températures et humidités mesurées à l’admission, les prescriptions fournisseurs, les contraintes de redondance et les données de consommation. Ces éléments permettent de comparer les solutions sans annoncer de gain non mesuré.


