Électricité statique industrielle : comprendre les charges, les décharges et les risques
L’électricité statique apparaît quand des charges électriques s’accumulent à la surface de matériaux ou sur des équipements insuffisamment reliés à la terre. Le contact puis la séparation de deux matières, le frottement d’une bande transporteuse, l’écoulement de liquides ou le transfert de poudres sont des situations classiques d’électrisation.
Les conséquences ne sont pas identiques selon l’atelier : attraction de poussières, adhérence de films plastiques, petits chocs pour les opérateurs, défauts sur des composants électroniques sensibles aux décharges électrostatiques (ESD) ou inflammation d’une atmosphère explosive. Il faut distinguer le problème de qualité du risque pour la sécurité industrielle.
Un air sec peut favoriser l’accumulation de charges sur certaines surfaces, mais l’humidité ambiante ne suffit ni à expliquer tous les incidents ni à sécuriser une zone ATEX. Les matériaux et les liaisons électriques restent déterminants.
Référence : INRS — Prévention du risque lié à l’électricité statique.
Pourquoi des charges électrostatiques apparaissent-elles dans l’industrie ?
Films, textiles, papier et emballages
Dans l’industrie du papier, le déroulement des bobines, le déplacement des feuilles et leur contact répété avec des rouleaux peuvent charger les matières, notamment en imprimerie. Les symptômes peuvent être des feuilles qui collent, des poussières attirées sur les produits ou des défauts de passage machine. Les solutions dépendent de la conductivité du matériau et de la configuration de la ligne.
Transfert de liquides et de poudres
Les écoulements, pulvérisations et remplissages peuvent générer des charges. En présence de solvants inflammables, de gaz ou de poussières combustibles, il faut déterminer si une décharge est capable d’enflammer l’atmosphère. Le risque dépend notamment des propriétés des produits, du mode de transfert et des objets conducteurs isolés.
Opérateurs, sols et équipements
Un opérateur peut accumuler des charges en marchant sur un sol isolant ; les équipements mobiles, tuyaux, récipients ou pièces métalliques peuvent également devenir électriquement isolés. L’absence de mise à la terre ou de liaison équipotentielle favorise certaines décharges. La page Poussières industrielles présente aussi les enjeux liés aux poussières combustibles.
Quels contrôles réaliser avant de modifier l’installation ?
La mesure de l’humidité relative et de la température peut expliquer des variations saisonnières, mais elle ne remplace pas un contrôle de continuité ni une analyse des sources d’inflammation. Les mesures électrostatiques doivent être choisies avec des spécialistes et des appareils appropriés au contexte, notamment en zone classée.
Pour les équipements sensibles, les programmes de protection ESD reposent sur une approche spécifique aux composants et aux opérations de manipulation. Le risque ATEX exige une évaluation distincte, par des personnes compétentes.
Quelles solutions pour limiter l’électricité statique ?
Réduire la génération de charges et maîtriser leur écoulement
Selon le procédé, il est possible d’adapter des matériaux, des vitesses de transfert, des géométries de convoyage ou des conditions de manutention. La mise à la terre et les liaisons équipotentielles des éléments conducteurs constituent des mesures essentielles lorsque leur mise en œuvre est adaptée et vérifiée.
Dispositifs antistatiques et protection des produits
Des barres ionisantes, des revêtements ou équipements dissipatifs et des procédures de manipulation ESD peuvent être utiles pour les films, composants et postes de fabrication. Leur sélection dépend de la distance, de la vitesse de la ligne et des contraintes de propreté et de sécurité. Un ioniseur ordinaire ne doit jamais être supposé utilisable en atmosphère explosive.
Quel rôle pour l’humidification industrielle ?
Une humidification industrielle peut parfois réduire la charge sur certains matériaux en influençant la conductivité de surface. Elle peut aussi introduire des contraintes sur les produits, la corrosion, la condensation ou l’hygiène. La consigne doit être définie selon le procédé : il n’existe pas de pourcentage d’humidité garantissant l’absence de décharge.
Précautions particulières en ATEX
Les mesures doivent s’inscrire dans l’analyse du risque d’explosion et considérer les substances présentes, les scénarios d’émission et les sources d’inflammation. Le guide IEC TS 60079-32-1 — Electrostatic hazards traite notamment de la mise à la terre, de la réduction de l’électrisation et des surfaces isolantes. Il ne suffit pas d’ajouter un humidificateur ou une barre antistatique pour rendre l’installation sûre.
Comment vérifier l’efficacité des mesures antistatiques ?
Consigner les incidents avant et après les modifications : défauts produits, décharges ressenties, conditions d’ambiance, vitesses de production et matières employées. Documenter les essais de continuité et les contrôles périodiques des protections. En environnement ESD, s’assurer que les procédures de manipulation et les équipements dissipatifs restent conformes au programme de contrôle retenu.
Pour les risques d’inflammation, une baisse des incidents perceptibles ne prouve pas que les décharges dangereuses ont disparu. Seule une analyse des risques actualisée et des vérifications adaptées peuvent étayer la maîtrise du danger.
Matières et fiches de sécurité, plans des machines et convoyeurs, produits concernés, historiques des défauts, relevés d’humidité et de température, évaluations ATEX, schémas de mise à la terre et contrôles existants.


